Affaire Kerviel ou les méandres de la responsabilité en entreprise

« Les chefs n’ont rien vu venir », « il a joué la comédie », « défaillance dans les contrôles », « le procès d’un système », « dissimulateur »… tels sont quelques titres et expressions glanés au hasard de la lecture de la presse, ces derniers jours, à propos de « l’affaire Kerviel ».

Je ne me suis pas passionnée pour cette affaire, mais je l’ai suivie, de loin en loin. Aujourd’hui, elle prend une tournure qui m’intéresse, avec la difficile recherche de la responsabilité en entreprise, qui reste aussi une question de… communication ! Et oui, le mot est lâché, encore la communication, toujours elle ! Quand on en arrive à cette fameuse « responsabilité » des hommes dans l’entreprise, on aperçoit un long couloir bien sombre… avec des numéros : N+1, N+2, N+3 etc… jusqu’au PDG.  Toujours un peu lointain, évidemment, le PDG d’une grande entreprise occupe un bureau au dernier étage de l’entreprise, la plupart du temps. Comment peut-il savoir ce qui se trame dans l’enceinte de sa société ? Grâce à la délégation de responsabilité. Il compte sur son management direct, le comité de direction, pour avoir un retour fidèle et loyal du fonctionnement de son entreprise. Plus l’entreprise est grande, plus les comités de management intermédiaires se multiplient avec leurs strates hiérarchiques : N+1, N+2, N+3… N+7, N+8. Ce qui pour le moins, ne facilite guère la communication…

J’ai lu dernièrement  l’article rédigé par le journaliste Stéphane Durand-Souffland pour Le Figaro le 22 juin 2010 « Un supérieur de Kerviel : il a joué la comédie », et je l’ai beaucoup apprécié pour le ton employé, avec une forme d’humour caustique. « Comme dans Le Prisonnier, les hiérarchiques de la Société générale se désignent entre eux par des numéros », « dans le cas de Jérôme Kerviel, nous avons, dans l’ordre croissant de responsabilité, N+1, N+2, etc., jusqu’au directeur général adjoint, N+7. »… « Ce qui frappe ensuite, c’est le peu d’énergie consacré par N+1 à la détection des fraudes internes. Mais N+2, qu’on entendra tout à l’heure, comme N+7 et N+6, précédemment auditionnés, ne fut pas plus ardent. On en vient même à se dire que la SocGen était, sur ce point, moins vigilante que la première droguerie de quartier venue. »
« Si un homme seul a pu engager 50 milliards d’euros sans que personne ne s’en aperçoive, mettre en péril une institution financière, ses actionnaires et ses 150.000 salariés, à quoi servaient les contrôles? Pourquoi tant de «N»?

Voilà la justice en effet bien embêtée parce qu’elle découvre encore une fois, avec l’affaire Kerviel, les méandres de la responsabilité en entreprise. La responsabilité serait l’affaire de tous, donc de personne, en vrai. Chacun se repose sur son N+ quelque chose. La belle affaire !

Manifestement, le N+1 de Jérôme Kerviel, si on en croit ses propos, n’était absolument pas dans son élément : il explique qu’il était perdu « dans le maquis informatique et le vocabulaire des traders ». De retour du Japon, on apprend que ce N+1 était spécialiste en ingénierie financière. Un CV flatteur, évidemment, mais insuffisant pour la mission confiée par la Société Générale au vue des faits. Il ne faut pas douter un seul instant que non seulement ce N+1 ne savait pas ce qui l’attendait mais que ceux qui l’ont avancé, les recruteurs, non plus ! Un grand classique dans la pratique des recrutements externes…

Alors oui, Jérôme Kerviel, le bon élève flatté par ses chefs, « C’était quelqu’un de sérieux sur qui on pouvait s’appuyer », a pris des libertés tout au bas de l’échelle de cette responsabilité diluée entre les différents N+quelque chose. Des libertés un peu trop grandes, mais permises, et tout ceci a fonctionné… jusqu’au jour où…

Que penser de Jérôme Kerviel ? Est-il seulement le très bon élève qui cherchait le 20/20 ? Ou l’enfant malicieux et audacieux qui voulait jouer avec le feu dans une cour d’école privée d’extincteurs ?

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