Les obstacles à une vraie reconnaissance du métier de communicant

Hier, je m’interrogeais sur ce que pouvait signifier, dans l’esprit du grand public, le métier de communicant, trop souvent réduit à une simple expression : « faire de la pub ».

Aujourd’hui, je me pose la question de la reconnaissance de ce métier, et de son sens, puisqu’il apparait qu’il a réellement des difficultés à trouver sa place dans la pyramide des grands métiers stratégiques de l’entreprise, au contraire de la finance,  l’audit, ou la qualité par exemple. Et comme si ça ne suffisait pas, la communication se voit affliger malheureusement, sans doute en raison de ce manque de reconnaissance, d’une politique systématique de réduction des prix, qui forcément lui nuit.

Pourtant, il est acquis, hélas, que si la communication est difficilement évaluable en termes de retour sur investissements, le fait de ne pas faire de communication ou d’en faire une mauvaise, impliquent des effets souvent désastreux pour l’entreprise en question. On le sait, ceci est acté. De plus, l’alchimie des nouvelles technologies aidant, ce qui était à peu près rattrapable aussi bien en communication interne qu’externe, hier, devient ingérable avec le Web aujourd’hui (blogs, réseaux sociaux, Facebook, Twitter etc…). J’ai d’ailleurs rappelé cet aspect en relations presse notamment, dans un article : Relations Presse et Internet, le désamour ?

 

Quels obstacles ai-je constatés contrariant une vraie reconnaissance du métier  de communicant ?

en période de baisse d’activité, de crise économique ambiante, les premières économies sont affectées à la communication. Or on sait qu’une entreprise qui ne communique plus, moins, ou mal, perd du terrain en termes d’image, de notoriété vis à vis de ses publics. Ce phénomène entraîne des questionnements en interne, responsables d’une ambiance délétère et d’un manque de motivation chronique des salariés. L’entreprise est tentée par la communication dite « low cost », qui connaît parfois une dérive que je qualifierai d’injuste et d’inappropriée, et sur laquelle je reviendrai plus bas.

un manque de formation ou de connaissance de la diversité des métiers qui gravitent autour de la communication d’entreprise par les recruteurs et employeurs eux-mêmes. De nombreuses entreprises font appel à leurs ressources internes pour exercer ce métier : entendez par là qu’elles délèguent à un profil d’assistant(e) commercial(e) la responsabilité de tout ou partie de la communication d’entreprise (de l’événement annuel de l’entreprise à la rédaction ou la mise en page de la lettre d’informations destinée aux salariés ou aux actionnaires, ou pire encore, des relations auprès des journalistes locaux…). Ces diverses responsabilités sont dévolues en « sus » du métier pour lequel la personne est rémunérée. A ce propos, j’ai en mémoire l’anecdote récente d’un Directeur Général d’une grosse structure publique qui voulait lancer une lettre économique et politique à destination du fichier d’entreprises de la région où j’habite, en faisant appel aux qualités rédactionnelles de ses salariés… quand on met en balance l’objectif et les moyens, il y a de quoi avoir froid dans le dos….

Par ailleurs, la palette des métiers étant riche, il n’est pas facile de s’y retrouver : les fonctions externes (relations publiques, relations presse, communication produit, communication institutionnelle, financière, de crise, sponsoring, mécénat, multimédia, Internet, métiers de l’image) et les fonctions internes (communication interne, sociale, managériale, Intranet etc…)

les effets de mode impactent directement la fidélité des clients : je ne sais pas pourquoi dans la communication il est de bon ton de « changer régulièrement de partenaire ». Au contraire des autres grands partenariats d’entreprise (en conseil de tous ordres surtout !). La longévité serait-elle source de sclérose ? Pourquoi ? Parce qu’elle tuerait la créativité ? Hum… voilà un réflexe qui vient tout droit de la publicité, encore elle (!), qui implique une créativité toujours vierge sur un projet commercial. Rien de tel en communication d’entreprise, bien au contraire, plus on connait l’entreprise, son marché, ses rouages, ses produits, son moteur interne, ses salariés, meilleurs sont nos arguments de communication et plus fine sera notre approche des problématiques. En communication d’entreprise, le temps est notre allié, pas notre ennemi.

une opacité de l’offre des structures de communication. Que penser des structures qui prétendent « pouvoir et savoir tout faire » : écouter le client, ses besoins, analyser la situation, proposer une stratégie de communication cohérente avec ses objectifs et publics cibles, créer les outils de toute nature (médias et hors médias) nécessaires à cette stratégie, auditer les retours, rectifier le tir ! N’en jetez plus ! C’est mon cheval de bataille, chacun ses spécialités. Je ne vais pas sur les plates-bandes du développeur de site Web ou du graphiste. J’ai remarqué d’ailleurs que lorsqu’on explique au client où l’on se situe, ce que l’on fait exactement et que l’on travaille avec des partenaires dans des métiers complémentaires, il comprend fort bien ! Les structures qui prônent : « on prend tout et on redistribue derrière parce que le client ne veut avoir qu’un seul interlocuteur » racontent des histoires. Je n’ai cessé de le vérifier au cours de ces 10 années d’indépendance. Et comme annonceur, de l’autre côté de la barrière, j’aimais savoir qui bossait sur les projets, même le plus petit freelance… et je ne doute pas que beaucoup de communicants soient ainsi.

la concurrence effrénée sur les prix ne cesse de tirer vers le bas la qualité des prestations, entrainant ce que j’appelle une communication bas de gamme, également pudiquement baptisée « low cost ». Les offres défiant l’entendement sur les prix sont légion sur le Web de la part des agences de communication, de publicités,  ou des indépendants eux mêmes !  Que je sache, il ne vient à l’esprit de personne de négocier  les honoraires d’un chirurgien, d’un spécialiste, d’un avocat, d’un comptable… La communication serait elle un métier à part ? Un demi métier ? Pour ceux qui pratiquent cette restriction des prix ou qui entrent dans une logique de négociation à la baisse, qu’ils aient en tête que c’est la valeur de notre métier qu’ils remettent en cause, rien que cela… A ce propos, on lira avec grand intérêt le compte rendu de l’UJJEF Paris suite à l’organisation de l’événenement « Campus de la Communication »  les 1er et 2 juillet derniers à Paris, abordant, entre autres le thème de la politique des tarifs low cost en communication.

Charte des bonnes pratiques en communication ? Pourquoi pas ! Règlementation des métiers ? Toujours d’accord. Pourvu que le débat avance !

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3 réflexions au sujet de « Les obstacles à une vraie reconnaissance du métier de communicant »

  1. Cela me fait excessivement plaisir de lire des papiers comme celui-ci. cela met en forme pour la semaine.
    Je suis offusquée par les tarifs que l’on m’impose mais j’ai arrêté de me plier à leur règle. Si les agences de com’ et les média veulent des tarifs low-cost, c’est leur problème. Moi, je préfère désormais rien faire que m’emmerder la vie pour que dalle au final ! J’ai donc arrêté les tarifs low-cost.

    Une agence de com avec laquelle je bosse régulièrement pour divers supports (web et papier) m’a récemment demandé de baisser mes tarifs. J’ai refusé. En discutant sur les tarifs qu’elle voulait, j’ai compris qu’ils avaient eu recours à des rédacteurs made in Mauritanie ou Madagascar où les tarifs sont affolants. Après discussion, elle a accepté mon devis parce qu’elle s’est rendue compte du mauvais placement qu’ils avaient fait initialement. Les nanas de Madagascar leur avaient bâclé le travail et c’était truffé de fautes. Ils étaient alors obligés de refaire le travail -le pourquoi de ma commande-. J’ai refusé de baisser parce que cela n’était pas ma faute s’ils s’étaient plantés dans leur choix de rédacteurs.

    1. Bonjour Christel et bienvenue. Je constate que tu es intarissable sur le sujet des tarifs low cost en communication. Je te félicite, sincèrement, de te battre pour respecter un niveau de prix décent. Il n’y a aucune raison de brader sa prestation, surtout quand elle est qualitative !

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