Pour Jean d’Ormesson, « Ecrire, c’est difficile »

Je me suis rendue cet après midi à la conférence dédicace du dernier ouvrage de Jean d’Ormesson, « C’est une chose étrange à la fin que le monde » au Furet du Nord à Lille. J’ai lu l’information dans la presse, ce matin… comme quoi le bon vieux papier en presse est encore utile… Et j’avoue que cette rencontre avec le romancier tombait plutôt bien.

J’ai fermé le livre, mais l’écrivain est toujours présent

Jean d'Ormesson présentait son ouvrage au Furet du Nord à Lille ce 3 novembre

J’ai terminé son dernier ouvrage « C’est une chose étrange à la fin que le monde« , à regret. Je me suis surprise à tendre la main vers le roman le soir, pour en lire quelques pages avant de m’endormir, et à devoir me rendre à l’évidence : « ah c’est vrai, c’est fini. » Terminé le rendez-vous du soir avec « Jean Jean ». Terminé la complicité avec l’écrivain. Je n’ai pas trop perdu au change à vrai dire, puisque je me plonge dans la vie des femmes françaises qui ont fait l’histoire de France avec cet ouvrage rare  de La Varende chez Flammarion « Les belles esclaves » (je remercie mon frère qui sait dénicher dans les petites librairies parisiennes des bijoux d’écriture qui donneraient le vertige à des Amélie Nothonb – je me demande toujours ce qu’on lui trouve à cette Amélie – et autre écrivain du même acabit…).

L’écriture est difficile…

Jean d’Ormesson est fidèle à lui-même devant une assemblée d’auditeurs ou dans l’écriture. C’est rassurant,  plaisant, et cela instaure un climat singulièrement familier. L’écrivain annonce avec une certaine gravité, en réponse à une question du journaliste intervieweur,  que l’écriture est difficile. Il  avoue avec une candeur désarmante qu’il  a entrepris une vingtaine, une trentaine de romans sans y donner de suite. Ce dernier ouvrage a mis cinq ans à naître, mais « je l’ai porté pendant vingt ans« , explique Jean d’Ormesson. Et on comprend, quand on le lit, que son cheminement intellectuel au fil des pages est bien le fruit d’une vie entière à se demander : « pourquoi y-t-il quelque chose au lieu de rien ? ». Question qui risque, selon ce philosophe, de rester sans réponse pour l’Homme…

Dieu existe-t-il ?

Car c’est bien l’éternelle question que se pose Jean d’Ormesson, dans cet ouvrage et pas seulement, au travers de ses autres romans aussi, pour celles et ceux qui l’ont lu. Il se pose la question pour lui, pour nous, et c’est ainsi que Dieu apparaît, et est mis en scène. L’écrivain n’a pas trop d’états d’âme sur ses croyances en Dieu. « Je suis agnostique« , affirme-t-il. Bien sûr, il a été élevé dans la religion, comme beaucoup d’entre nous, mais cela n’a pas suffi à forger sa certitude de l’existence  de Dieu. Et de citer Sartre par exemple, qui lui, « savait que Dieu n’existe pas », ou Chateaubriand « qui lui savait que Dieu existe ». Cela force l’admiration  de Jean d’Ormesson, qui a toujours une autre option sur les lèvres : la vie serait-elle une parenthèse dans le néant, avant il n’y a rien, et après, il n’y a plus rien, c’est la mort ? Parce qu’en fait, Jean d’Ormesson avoue ne plus croire en grand chose aujourd’hui, comme beaucoup d’entre nous. Pas dans les banquiers, pas dans les politiques, et la salle s’amuse. Il reste donc Dieu, qui vaut la peine qu’on y croit, et c’est justement là le problème, car Jean d’Ormesson n’a pas de certitude sur le sujet, personne n’en a, personne n’a jamais apporté de preuves de l’existence de Dieu…

De Dieu aux athées

Et les non croyants, que disent-ils de tout ceci ? Pour Jean d’Ormesson, ils sont peut-être les seuls à être plus proches de Dieu qu’ils ne l’imaginent, vivant sur cette terre un chemin qu’ils savent déjà définitif, unique, sans filet. Il n’y a pas de récompense ou de rédemption  au bout. L’athée, et ça c’est moi qui le dit, n’a pas droit à une session de rattrapage, c’est comme ça. Il est ici pour vivre sa vie, il a la chance de connaître la vie, mais il ne s’agit pas de remplir une mission sur terre. C’est le hasard qui l’a jeté dans la vie dont il ne sortira qu’avec la mort.

De Dieu au temps

Dieu fait partie du temps. Le temps, selon Jean d’Ormesson est une donnée extraordinaire que l’homme ne peut toujours pas capter, appréhender, découper, expliquer… Tout s’explique, la lumière, la terre qui tourne autour du soleil, la gravitation, la galaxie, le soleil qui brille, mais le temps est une donnée insaisissable. Quand on y réfléchit, le temps nous propose toujours un présent qui contient en lui même l’avenir et le passé. Plus nous avançons dans le temps, plus nous en apprenons sur les origines de la vie, et donc sur notre passé. Mais l’avenir lui, qui est notre présent d’aujourd’hui, nous n’en savons rien, ou presque rien.

On m’a reproché d’avoir intitulé cet ouvrage « roman »

Il parait que certains se sont étonnés de voir Jean d’Ormesson définir son oeuvre comme un roman, et non pas comme un ouvrage  scientifique ou philosophique. Peut être Jean d’Ormesson aurait-il dû qualifier cette dernière oeuvre « essai » ? Mais alors, serions-nous aussi nombreux à le lire ? Un essai est souvent réservé aux initiés, et Jean d’Ormesson s’adresse à toutes les intelligences, les nôtres. Le roman est une bonne chose. Et c’est forcément le choix d’un homme intelligent.

C’est une chose étrange à la fin que le monde (partie I)

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