Recherche d’emploi : doucement les yeux…

Young b-boy man with naked torso doing brake dancing movementsJe me suis lancée depuis quelques mois dans la recherche d’un travail salarié… Le premier bilan après plusieurs mois d’investigations est assez décevant. Je découvre un marché du travail très rigide. Les entreprises cherchent non plus le mouton à cinq pattes, mais à dix. Existe-t-il réellement ou est-il logé dans leur imaginaire 

Premier de la classe

J’ai eu l’habitude, comme prestataire de services, d’avoir de bonnes surprises de temps en temps. Et oui ! Un client désire avant tout un résultat, et souvent, il se laisse convaincre qu’il vaut mieux écouter et se laisser guider par le professionnel, pour arriver à ce fameux résultat. Peu importe le diplôme, l’âge, les rides ou les kilos… Pour le coup, seules comptent l’expérience, encore que (certaines entreprises m’ont fait confiance sur des projets où j’étais novice mais où le raisonnement était cohérent), la créativité et… la confiance mutuelle aussi.

Je dois abandonner ce schéma. Je ne suis plus la professionnelle qui conseille, je dois devenir le premier de la classe qui a 20/20 à toutes les questions et qui doit rentrer dans une case bien définie. Voilà le parcours du demandeur d’emploi. C’est celui-là et pas un autre. L’expérience du salariat (10 ans) et celle de l’entrepreneuriat (10 ans) sont là pour me le faire constater… à regrets. Si vous saviez à quel point !

Moutons à dix pattes

Les annonces d’offres d’emploi sont truffées d’impératifs en tout genre. Certaines me donnent l’impression de retourner sur les bancs de l’école, alors même qu’elles sont destinées à des cadres auxquels on promet des responsabilités de haut niveau. Pour être sûr que le candidat comprendra bien la notion de responsabilité, deux adverbes reviennent invariablement dans les libellés des offres : « impérativement » et  « idéalement ». Mais qu’on ne s’y trompe pas. Les deux signifient « il faut ». Impérativement est réservé à l’entreprise qui assume. Idéalement à celle qui n’assume pas. Parfois je me dis que ces adverbes en disent long sur la culture de l’entreprise. Ca, c’est le réflexe d’une communicante qui a un peu bourlingué.

Les 30-35 ans, cible privilégiée des recruteurs : avant t’es trop jeune, après t’es trop vieux

30-35 ans, réjouissez vous. Vous êtes les chouchous des recruteurs. Profitez-en ! La rédaction de la plupart des offres ne laisse aucun doute. « Vous avez idéalement entre 3 à 5 ans d’expérience pour ce poste, expérience acquise de préférence dans notre secteur d’activité ». Quasiment un poncif…

Si nous partons du postulat de départ, l’entreprise qui exige un Bac+5,  on arrive mécaniquement sur un créneau d’âge autour de 28/30 ans. Mais comme il est admis qu’il est difficile d’avoir une première expérience significative tout de suite en sortant d’un Master, (une certaine lucidité s’emparant du recruteur),  il est possible d’aller jusque 35 ans. Au delà, le terrain commence à devenir délicat, voire miné, selon les métiers… dont le mien, la communication. Mais pas seulement. Dans  les métiers de conseils aux entreprises ou au service de l’entreprise, encore appelés « supports », en général. Pourtant cette dominante conseil ne devient réellement efficace qu’avec le temps, et l’expérience (c’est comme le bon vin…) : communicant, juriste, comptable, et j’en passe…  mais personne n’a l’air de s’en soucier.

Dans la langue de Shakespeare tu t’exprimeras

Il est admis que le Français n’aime pas les langues. L’anglais d’abord, même si c’est la langue internationale admise, et les autres ensuite… A vrai dire, on ne nous apprend pas vraiment à aimer les langues à l’école française. On nous demande de réciter par coeur des leçons apprises à la maison, enfin, c’était comme ça de mon temps (!), et de répéter gentiment en classe des phrases entières à l’oral, ou à l’écrit. J’avoue avoir fait un effort suprême pour me reprendre en main de ce côté là. Je m’offre des cours d’anglais, non financés par un quelconque organisme de formation. L’officier payeur, c’est bibi. Moi qui n’avais plus prononcé un mot en anglais depuis… 1988 ! Oh les coeurs ! Non, je ne suis pas bilingue, je parle encore moins l’anglais courant, exigé pour n’importe quel poste aujourd’hui, même celui d’assistant comptable au fin fond de la Creuse ! Un critère de plus dans la sélection. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Les français bilingues dans leur métier sont rares (j’en connais quelques uns), et l’entreprise ne donne aucun moyen aujourd’hui à ses salariés pour s’améliorer. Le critère de la langue reste  subjectif dans les trois quarts des annonces de recrutement. J’ai travaillé pour de grandes entreprises en communication sans l’anglais, dont certaines ne communiquaient qu’en anglais (!),  je n’ai jamais eu de plaintes,  on venait me chercher pour la maîtrise du discours en français, donc tout le monde s’en est très bien porté. C’est dit.

Et les compétences dans tout ceci ?

Je finis par penser que les compétences métiers ne sont pas si primordiales pour les entreprises. Pourquoi ? Lisez les offres et vous comprendrez. Il n’existe pas d’offres qui exprime un besoin dans sa globalité. Nous sommes dans des définitions de poste avec des critères impératifs pré-définis par les RH qui laissent peu de place à l’imagination, la diversité, la créativité. La codification est omniprésente. Si un critère vous manque, n’espérez pas avoir un regard sur le CV. Vous serez transparent.

Banques de cévéthèques contre candidatures spontanées

Pour ma part, j’ai plus de chance, dirons-nous, avec les candidatures spontanées qu’avec les cévéthèques en tous genres. Les services RH  répondent toujours poliment. « Un jour viendra », attendu comme le Messie, qu’un DRH décroche son téléphone pour en savoir plus sur moi. Comme je suis meilleure à l’oral qu’à l’écrit, peut être aurais-je la chance de décrocher le graal… Quant aux cévéthèques, elles sont définitivement désespérantes, et les agences d’intérim encore plus. Ces dernières ne veulent plus vous recevoir. Vous avez dit « Ressources Humaines » ?

Vous avez dit « Ressources Humaines » ?

« Où sont les ressources humaines dans tout ceci ? ». On n’a jamais autant disserté sur les RH, mais les demandeurs d’emploi, même qualifiés et expérimentés, n’ont jamais constaté autant de désintérêts de ces mêmes RH pour ce qu’ils sont. Et qu’on ne me rétorque pas que les RH sont débordées. J’ai travaillé huit années au service RH d’une grande entreprise qui jonglait avec des centaines de candidatures par semaine à traiter. Dans ce contexte, je n’ose imaginer la situation des plus humbles. Je comprends la désespérance des demandeurs d’emploi longue durée qui pensent, à tord, que leur salut viendra de Pôle Emploi.

Entreprises, je vous aime

Eh oui, malgré toutes ces incohérences, ces difficultés, je n’arrive pas à me diriger vers… le public. Et pourquoi pas, après tout ? Il doit bien y avoir un concours accessible à un « vieux » BAC+5  qui se remettrait à étudier comme il y a 20 ans, le jour et la nuit, pour décrocher un job au final pas trop mal payé et surtout assuré à vie. Y’a rien à faire, ça ne me tente pas. Je n’ai connu que l’entreprise privée, j’y ai beaucoup  donné (et même encore financièrement aujourd’hui !) et elle me le rend bien mal. Mais c’est la vie. En affaires, y’a pas de sentiments.

 

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10 réflexions au sujet de « Recherche d’emploi : doucement les yeux… »

  1. Je viens de lire ton article qui est bien le reflet d’une triste réalité. trop jeune, trop vieux, pas assez d’expériences, trop d’expériences, pas assez diplômé, trop diplômé…
    Bon courage

  2. Ça existe pas les moutons à 10 pattes ? ^^

    Blague à part ton constat est tout à fait juste, Laurence. Et tellement réaliste…

    Te laisse pas faire !

    Cordialement
    François

  3. Bonjour Laurence,
    Comme tu le sais, je me suis lancée à mon compte parce que justement je ne trouvais pas d’emploi salarié qui réponde à mes demandes (et aussi du mal à en trouver un tout court!), aussi je comprends ton désaroi. Malheureusement, ce n’est pas parti pour s’arranger… Courage!!
    (et bravo pour la nouvelle version du blog, j’aime beaucoup!)

  4. Bonjour Laurence,
    Constat fait, comment réagit-on? On prend le problème par un autre bout? Bon, on se fait une bouffe pour en parler et se décontaminer le cerveau, OK ?

  5. bravo LAURENCE tu as tout compris malheureusement. Nos recruteurs devraient passer par la case pôle emploi pour mieux comprendre leurs incohérences et commencer par privilégier la compétence professionnelle.

  6. félicitations pour l’ensemble de ton blog… je te suis depuis peu et je trouve tes articles de qualité! J’édite moi aussi un blog depuis peu, n’hésite pas à venir me lire! ++ ZAK

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