Une quadra DRH au chômage qui ne manie pas la langue de bois

Soisic Navalo : Le journal d'une DRH au chômage.
Soisic Navalo :  journal d’une QUADRA DRH au chômage.

Soisic Navalo donne le ton de son récit dès les premières lignes et campe une situation qu’elle juge presque ubuesque, pour elle : devenir chômeuse. « J’ai 46 ans, je suis ce qu’on appelle une Exécutive Woman. Je travaille depuis vingt ans en moyenne 15 heures par jour. (…) Et c’est là que se produit un événement dont je me disais toujours que ça finirait bien par arriver, sans pour autant y croire pour de vrai (…) : je deviens en un instant une « Excecutive Woman au chômage« .

Spontanéité du discours

Soisic Navalo est une DRH au chômage qui ne ménage personne, et surtout pas elle-même. Elle explique à plusieurs reprises qu’elle n’est pas « à plaindre ». Ce qu’on croit aisément. Mais encore a-t-elle le cran de l’avouer et l’assumer. Un livre facile à lire, au style direct, dans lequel bon nombre de  demandeurs d’emploi se reconnaîtront. Pas de langue de bois, pour une fois, sur le sujet de la recherche d’emploi ! Un esprit critique et incisif, avec quelques « coups de gueule » (merci !) mais constructif, pour elle, pour nous. C’est rafraîchissant de bon sens et de spontanéité. Pas de conseils mielleux. Des faits, des actes, des constats, du jour où ce DRH perd son job, à celui où elle en trouve un nouveau. Et qui en tirera des leçons pour la suite de sa carrière.

Le parcours du combattant du demandeur d’emploi

Soisic Navalo décortique toutes les phases de la recherche d’emploi, et Dieu sait si elles sont nombreuses ! Ce n’est pas pour rien qu’on dit aujourd’hui que, chercher un job, c’est un vrai job ! Des débuts où l’auteur est livré à la solitude de son agenda et de sa maison, la famille vacant à ses occupations du matin au soir, en passant par la rédaction du CV, sa mise en ligne sur les cévéthèques qui nous pompent l’air, la boite mail désespérément muette après l’envoi de dizaines de candidatures, l’activation d’un réseau social inexistant, les entretiens boite à baffes, ceux qu’on croit réussir et qui nous ramènent à la case départ, l’attente, encore et toujours elle, les potes ou ex-collègues qui vous regardent comme un zombi et prient le Ciel que l’atrocité du chômage ne les touchera jamais !

Les perles de l’ouvrage

L’auteur met le doigt sur l’âge « décent » dans la recherche d’emploi en France. A 45 ans, on est considéré « déjà » dans la 3ème partie de sa carrière, compétents mais trop chers (encore faudrait-il nous demander nos prétentions et arrêter d’avoir des à priori à mon humble avis !), pas assez souples (c’est sûr, nous ne passerons plus la nuit sur nos dossiers, nous avons appris à travailler vite et bien, encore heureux ! Mais nous ne sommes pas contre un coup de collier de temps en temps si besoin, la solidarité pour l’entreprise, on connait !), et on ne nous fait plus faire n’importe quoi (dire Amen pour avoir la paix mais entraîner la boite droit dans le mur, c’est sûr, personnellement, je ne voterai jamais un truc comme ça)… Tout ceci constituant quelques handicaps aux yeux de beaucoup de recruteurs, selon l’auteur, et je suis d’accord à 100%. Les méthodes stakhanovistes ou tayloriennes, comme vous préférez, de la gestion des candidatures, avec les fameuses CVtèques où le demandeur d’emploi passe un temps infini à remplir son CV, à ensuite s’amuser à le modifier de trois lettres tous les mois, pour le faire remonter dans les requêtes. Et Soisic Navalo de conclure : « je vous fais en tous les cas une promesse, chers candidats, dans la prochaine boite que je rejoindrai, il n’est pas question que je vous fasse subir la torture du site Web, sous prétexte que d’un coup de requête, on vous trouve le candidat idéal« . Merci Madame.

Le fameux « bilan de compétence » ou bilan de sa vie. Là, j’ai bu du petit lait. A 45 ans, on aime la liberté, la diversité, donc la voie royale qui s’ouvre à l’auteur c’est : le consulting ! Seulement voilà, pour gagner peu ou prou la même chose que dans son ex job, l’auteur calcule qu’il faut facturer… 519 jours de conseil. Evidemment, la réalité rattrape le rêve. Mais en gros c’est ça, il faut bien facturer double, ou travailler double, si on veut gagner la même chose qu’un cadre sup en entreprise, quand on est consultant. Comme la première solution est rarement celle adoptée par le client… c’est forcément la deuxième qui sera choisie par défaut… Heureuses nuits en perspective. J’ai personnellement donné.

Développez votre… réseau. Oui, seulement voilà, comme l’explique l’auteur, quand on bosse 15 heures par jour, c’est un peu difficile de cultiver son « public relation » sur son temps personnel ou libre (?). Il s’ensuit un descriptif de l’auteur sur la rencontre réseau assez croustillante que je vous laisse découvrir pour ceux dont j’aurai piqué la curiosité.

Le bilan ? Soisic Navalo l’affiche : 9 mois et 22 jours de chômage. 50 entretiens. 200 CV envoyés. 40 déjeuners. 2000 mails envoyés. Le résultat ? Deux contrats dans sa boite aux lettres.

Un livre bien fait, et qui m’a plu. Et je suis d’accord avec l’auteur : moi aussi je cherche un job – puisque je veux tourner la page de l’indépendance – et c’est vraiment pas marrant !

Publicités

6 réflexions au sujet de « Une quadra DRH au chômage qui ne manie pas la langue de bois »

  1. j’ai vécu par le passé des situations très similaires. Ma conclusion a été simple : je change de style de vie. Plutôt que de devoir courir après le chiffre d’affaires, après un salaire élevé, après du temps de « travail » et de « réunions » infertile, j’ai préféré donner dans le simple, le vrai, l’authentique, l’engagé, le militant, et faire ce qui me plait.
    Ca paye beaucoup moins : ok. Et on vit tellement mieux avec moins, plutôt que d’avoir trop, on est sincère et entier avec peu, ce qui de toute façon et quoi qu’il en soit est assez pour vivre.
    J’ai commencé mes activités professionnelles au SMIC. Et ensuite, j’ai pu gagner chaque mois ce que quelqu’un au SMIC mettait presque 6 mois à gagner. Et oui aujourd’hui j’ai divisé mon niveau de revenu par 3, et aujourd’hui je suis bien plus proche du SMIC qu’avant. Et je suis heureux sur ce plan là. J’ai des activités plus épanouissantes, à 10 minutes de mon domicile, il y a des moutons et des poules en face de mon bureau, je jardine sur le temps de midi. Comme quoi, il est possible de changer et de trouver une voie intéressante, question de volonté.

  2. Bonjour Mike et bienvenue sur ce blog. Merci pour ce commentaire authentique 😉 J’ai personnellement fait le chemin que vous avez pris, il y a plus de dix ans, en quittant une grande entreprise avec la sécurité de l’emploi et des revenus, pour l’indépendance. Pas par choix stratégique, car je ne programme jamais rien dans ma vie (hélas…) mais par volonté naïve (peut être) de découvrir d’autres univers professionnels et d’autres façons de travailler que ceux que j’avais connus et/ou appris. Pour ma part, le choc a quand même été rude, je l’ai toujours admis. Mais comme je suis une persévérante, je n’ai pas changé de cap et j’ai oeuvré très très dur pour récolter, et le chiffre d’affaires (décent) et les beaux dossiers. Cette vie m’a convenu pendant de nombreuses années. D’ailleurs, je sais aujourd’hui avec l’expérience, et le recul, que je n’aurais jamais connu autant de diversités de situations au coin de ma rue (comme vous !) dans mon métier (qui font la richesse de l’expérience dont certains ont si peur !), si j’étais restée salariée. Même en changeant une ou deux fois d’entreprise ! Mais seuls ceux qui se lancent dans l’aventure peuvent le savoir.

  3. Bonjour Laurence,
    A mon tour et grâce à toi, je viens de lire ce livre. Je partage entièrement ton ressenti sur ce journal, plein d’humour et de perspicacité sur cette période de vie pour les femmes cadres.
    Merci donc pour ce conseil de lecture, qui m’a permis de m’évader un peu dans la vie d’une autre et de me sentir moins seule, car je me reconnais pleinement dans son parcours, sauf qu’à ce jour…il me manque l’heureux dénouement !
    A très vite,
    Laurence R.

  4. Nous sommes en 2017, mais il me semble que ce post est toujours d’actualité… Je suis au chômage depuis 20 mois. J’ai 44 ans. du fait de mes jobs precedents, j’ai pu accumuler des milliers de contacts (des clients, des partenaires, des « amis », bref tout ce qui constitue un « reseau »). J’en suis persuadé maintenant : le reseau ne sert à rien lorsque vous êtes au chômage. Pourquoi ? Parce que tout simplement, vous êtes déjà sorti du systeme. Vous n’apportez plus rien. Tout le monde vous laisse tomber. Ceux qui me tutoyaient chaleureusement se mettent a me vouvoyer (c’est la verite). Et la verite, c’est que la concurrence est telle aujourd’hui, que l’empathie est devenue un danger. Sachez que si vous demandez une aide quelconque aupres d’une personne – meme proche – cela est dangereux pour la personne en question : On pourrait l’accuser de cooptation et donc briser sa carrière. Ou alors si elle vous recommande, elle mouille trop sa chemise et cela pourrait lui causer du tord.
    En recherche d’emploi, vous etes SEUL.
    Tenez le pour dit.

    1. Bonjour Totor.
      Bien évidemment que tout ceci reste d’actualité, voire est encore plus exacerbé en 2017. Je n’ai pas tout à fait la même analyse que vous à propos du réseau, qui, effectivement et je vous suis, est inutile en phase de recherche d’emploi. Les contacts « encore » en place craignent tout simplement d’avancer quelqu’un qui risquerait d’être meilleur qu’eux. Voilà mon ressenti. Le salariat est, quoiqu’on en dise, un mode de travail très individualiste de ce point de vue. Je n’ai jamais ressenti cela dans ma vie d’indépendante ! Bien au contraire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s