« Pour bosser dans l’immobilier, faut pas être blonde ! »

yeux.marilyne.2Allez, j’ai dit que je me ferai plaisir ici, et bien je tiens le pari ! Voici un récit de ma dernière pérégrination dans l’univers de l’immobilier comme demandeuse d’emploi (puisque j’ai décidé d’avoir plusieurs fers au feu).

On vous forme, venez avec votre volonté de travailler, c’est suffisant !

Banco ! C’est pour moi ça. Je me suis toujours dit que l’un des rares secteurs qui offre une chance aux débutants est l’immobilier. C’est vrai et… faux ! En fait, c’est plus compliqué que ça. Mais disons qu’il s’agit d’un secteur ouvert aux personnes d’horizons divers, ce qui n’est absolument pas le cas des autres secteurs d’activité, où, si l’on n’est pas issu du sérail, le CV prend le chemin vertical de la corbeille (physique et numérique) !

Je suis séduite par cette campagne d’une grosse enseigne immobilière qui se propose de recruter 500 collaborateurs en France dans l’année qui vient. Quelle aubaine ! Un employeur qui recrute ! Un discours bien corporate sur le site (« 17 métiers différents, vous aurez droit à une formation dans nos propres écoles de vente etc etc… ») achève de me décider. Je vais me présenter, qui ne tente rien, n’a rien.

Le look Lanvin ou rien

Quand j’en parle autour de moi, on me dit : « Lolo, faut t’habiller« . Dans un premier temps, je ne sais pas comment prendre la remarque… OK, j’ai adopté un look un peu décontracté depuis bon nombre d’années que je  suis installée en freelance. Pourquoi ? D’abord parce que travailler en tailleur jupe devant l’ordi le jour, et en partie de soirée, voire de nuit, c’est pas très pratique (essayez, vous allez vite vous en rendre compte…) ; ensuite parce que je ne vois pas trop l’intérêt de me mettre sur mon 31 seule chez moi, quand je sais que je vais enquiller 12 heures non stop de boulot, sans sortir ; enfin, parce que dans la communication, les codes sont sincèrement plus cool, même en entreprise… Je n’avais pas de préjugés, quand j’étais du côté « annonceur », envers un créatif qui venait me voir avec sa casquette vissée sur la tête,  un balais dans les cheveux rouges, le crâne rasé ou le jean troué ! Ca n’enlevait rien à son art. Mon DRH m’a demandé, une fois : « qui c’est ce type ?« , en me voyant raccompagner un créatif habillé à l’écossaise. Réponse : « C’est la personne qui travaille sur la créa (entendez création) de la convention cadres« . le DRH : « Ah bon ?!« , en se raclant la gorge bien fort… Je me souviens encore de la scène comme si c’était hier…

En étant de l’autre côté de la barrière, ces codes cool ont un peu déteint sur moi… Exit le jean donc pour ce rendez-vous. Je ressors le bon vieux tailleur Gérard Darel qui dort dans mon placard depuis bon nombre d’années (le placard lui est nouveau puisque j’habite une nouvelle maison depuis deux ans, mais pas le tailleur !). Le seul truc dont je suis sûre, c’est qu’il me va toujours. J’ai cette chance insolente, pour le moment, de ne pas avoir pris un kilo en vingt ans. Pour les cheveux, trop tard, pas le temps d’aller chez le coiffeur – j’y vais qu’une fois tous les dix ans de toute façon -. J’ai laissé pousser une longueur qui ne correspond à rien, alors je ferai le chignon banane qui fait tip top sérieux. Le plus dur, ce sont les chaussures ! Je n’ai plus l’habitude de marcher à talons hauts et j’ai la plante des pieds qui chauffe, au secours !

On me prend pour la cliente

Je me présente dans une première agence immobilière et là, je vois le décalage tout de suite ! Le décalage de look, naturellement… Merci les amis de m’avoir conseillé le tailleur ! J’explique à l’accueil l’objet de ma visite. On me prie de patienter. Je ne suis pas la seule à souhaiter des renseignements. Ca me rassure. Je regarde par la fenêtre, et je vois un monsieur arriver en vélo, poser son vélo le long de la vitrine. Il porte un pantalon en velours gondolant, une chemise qui sort du pantalon, sans cravate, sans veste, qui laisse voir des bourrelets disgracieux (ne pensez pas que je sois ennemie des kilos, je m’en fous carrément !), les cheveux en bataille… bref, l’allure débraillée, aucun effort pour être présentable. Il entre, me regarde, me dit bonjour, mais je n’arrive pas à saisir qui il est. Le monsieur s’installe à un bureau et continue à me regarder. Il va se lancer parce que je le regarde droit dans les yeux (c’est ma méthode… à n’utiliser que dans certaines circonstances bien précises sinon on risque le quiproquo… à moins que vous ne cherchiez ce quiproquo…). « Chère madame, on s’occupe de vous ? Vous souhaitez un renseignement sur un bien ?« . « Heu… non pas vraiment, en fait j’ai appris que votre agence collaborait à la campagne d’informations recrutement des métiers de l’immobilier. J’aimerai en savoir plus, je réfléchis à une réorientation professionnelle… » et blablabla, et blablabla… J’apprends que c’est l’associé de l’enseigne, j’en reviens pas… Je fais un test, très intéressant, sur ma vision et mon comportement en commercial. Décidément, rien n’a changé depuis vingt ans. Je suis faite pour le conseil et le service après vente, entendez par là, le service réclamation… Génial. Comme l’agence n’a besoin de personne et ne fait pas de recoupement de fichiers dans les CV déposés, je décide d’aller voir l’autre enseigne à Tours. On ne sait jamais. Je suis lancée !

« Dans l’immobilier, faut pas être blonde ! »

A Tours, même topo, un monsieur assez débraillé me reçoit parce que la directrice est occupée. Elle crie de son bureau « Reçois la jeune femme« , tout en se penchant pour voir qui je suis, puis se reprend… « Heu la dame…« . Gloups, bonjour et bienvenue. On s’installe et je me mets dans la peau du reporter qui interviewe le professionnel sur son métier. Je ne suis plus la demandeuse d’emploi. J’ai changé de casquette, et je m’en rends compte mais après tout, peu importe. Le monsieur assez gentil me tient quand même un discours curieux : « Vous savez, là, maintenant il fait beau, donc on aime bien se balader avec sa voiture pour les visites, mais dans quelques semaines il va faire froid, il faut sortir d’ici !« . Il est vrai que les tourangeaux détestent le froid et la pluie, j’ai rarement vu ça dans ma vie. Je rétorque au monsieur qu’il ne doit rien craindre de ce côté là, que ça ne me dérange pas de sortir quand il pleut, que je viens d’une région où « la pluie du matin n’arrête pas le pèlerin »… « Et puis il faut se mettre en baskets pour visiter les maisons, ne pas avoir peur de monter aux échelles pour visiter les dessous de toits, éviter dans ces cas là les jupes (ah bon ?). Travailler quand les autres se reposent, le soir et les week end (je connais…). Tout est dur. Le marché est dur, il faut avoir vraiment faim pour faire ce métier. Et puis il y a votre responsabilité qui est engagée, si vous vous plantez, la directrice vous tombe dessus et vous saque !« . Mon Dieu, celle qui crie dans son bureau ? Mouais… Quel tableau. Et le clou : « Et puis, il suffit pas d’être charmante dans ce job, je dis pas, vous êtes charmante (re-gloups), il faut pas être blonde quoi !« . Le mot est lâché ! « Vous comprenez ? Il suffit pas d’être bien habillée et de sourire ! Faut pas être blonde quoi !« . Deux fois. « Enfin, vous voyez, il faut faire travailler sa tête, bref, comme je dis toujours ‘faut pas être blonde’ !« . Trois fois ! Bon, j’ai épargné l’historique personnel de ma couleur de cheveux au monsieur qui pense que j’ai toujours été châtain clair ou blond vénitien foncé. Jusqu’à l’âge de 4 ans, j’avais les cheveux couleur blond suédois, ça ne se voit plus… Et qu’en conséquence je me sens dans la peau d’une VRAIE blonde, tout court.

Et les blonds alors ?

J’ai pas posé la question. J’aurais dû ? Je suis d’ailleurs toujours étonnée de cette différence de traitement à propos des blondes. Au temps de Molière, on disait « ce jeune blondin », pour parler d’un homme jeune et charmant, d’un amoureux… Y’a un certain Clint Eastwood qui se fait appeler « blondin », dans le fameux western spaghetti « le Bon, la Brute et le Truand », avec une scène finale mythique que j’adore. Les femmes sont folles de lui, et on le comprend. Même avec sa barbe, il est beau. D’ailleurs, être blond, pour un homme, ne sous-entend pas du tout la bêtise, ce serait même (presque) un avantage. Surtout s’il a les yeux bleus, comme ce fameux Clint Eastwood. N’est-ce pas mesdames ?

Peut être que les employeurs en voient de toutes les couleurs, mais les candidats aussi ! Faudrait peut être le faire remonter aux associations de DRH bien pensantes…

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8 réflexions au sujet de « « Pour bosser dans l’immobilier, faut pas être blonde ! » »

  1. Bonjour Laurence,
    Incroyable, cette histoire… Que comptes-tu faire ? Retenter ta chance dans l’immobilier ou laisser tomber complètement ce secteur ? J’avais comme toi l’impression que c’était un domaine très ouvert à divers profils…
    Bon courage !

  2. Bonjour Isa ! Je pense que je vais sans doute retenter ma chance dans une autre enseigne, mais pas comme agent immobilier ! Manifestement, ce n’est pas mon truc (cf le questionnaire que j’ai réalisé dans la première agence), même si le contact client me motive vraiment, puisqu’en fait, c’est ce qui me manque le plus depuis plusieurs années, comme freelance. Par contre, je ne me fais aucune illusion. Ce qui intéresse les agences, c’est le statut d’agent immobilier. Tu t’assumes financièrement (tu paies tes charges, comme un indépendant), tu gagnes ta vie sur les affaires que tu décroches pour le compte de l’enseigne à laquelle tu es affilié. Ca, ça ne m’inspire absolument pas ! On verra. Je ne fais plus vraiment de plan. Je ne suis pas la seule, hélas…

  3. Ton histoire est détonnante mais ne me surprend pas outre mesure …en revnache sur l’embauche dans ce secteur, pour info c’est quand même la bérézina en ce moment…donc chacun doit voir d’un oeil mauvais l’arrivée de petits nouveaux…enfin pt êt! merci pr ton histoire de blonde 😉

    1. Bienvenue sur ce blog Agape et merci pour votre participation. J’ai surtout constaté une dichotomie totale entre la volonté politique RH du groupe en question (je ne dirai pas son nom par correction) et la réalité du terrain ! Quand on annonce plus de 500 recrutements pour l’année, qu’on vous laisse 2 mois pour postuler (la dadeline du groupe immobilier pour envoyer un CV), le moins que l’on puisse faire, c’est de s’assurer, en com’interne (et là c’est AUSSI mon métier) que les équipes suivent ! Or en l’occurrence, personne n’a suivi dans le cas présent. Donc pour moi, la com est ratée ! On ne fait pas de com’externe, à un tel niveau, c’est à dire sur un sujet sensible comme l’emploi (presque un sujet de crise aujourd’hui vu le taux de chômage) sans englober et sensibiliser les équipes internes, donc bien sûr celles sur le terrain. La com’ était nulle, j’ai pas envie d’aller voir plus loin. Peut être qu’ils auraient bien besoin de conseil en communication ces gens là ? Chiche que je propose mes services ?!

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