Indépendance, le temps du grand désamour consommé (I)

Saut Elastique_Soleil_RayonsJ’ai pris de bonnes résolutions à l’automne 2013. J’ai tenu le cap et dans ces cas là, on finit par voir l’horizon s’éclaircir. Attention ! Ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué, surtout en province… Avant d’entrevoir cette éclaircie, je suis passée par toutes les couleurs de l’arc en ciel, pendant deux ans. C’est long, deux ans. Le point d’orgue, c’était l’été 2013. Le temps était en suspend et je méditais. Sur mes échecs… et mes réussites passées. Mon petit frère, grand par la taille et par les épaules – au sens propre comme au figuré – mon coach sans pitié, m’assénait :  » tu fais rien. » Ben oui, je fais rien !

Le trou d’air de l’été 2013

On est en août, il fait une chaleur écrasante, la France est en mode off, la province n’en parlons même pas, je me suis débattue comme une lionne pendant près de neuf mois pour me faire voir, entendre et comprendre en Touraine comme communicante salariée, et… RIEN. Transparence totale. Fallait encaisser. Mes amis, connaissances, m’expliquaient que j’avais de la chance qu’on daigne m’adresser un refus de considérer mes offres de services par mail ou courrier. Ah bon ? Mes références n’ont servi strictement à rien dans la quête du graal du salariat. Je suis coupable pour les recruteurs d’avoir choisi le hors piste depuis plus de dix ans et aussi, disons le clairement, d’avoir vieilli. Etiquette : ingérable. C’est la France d’aujourd’hui : les fameuses cases. L’âge, le sexe, les diplômes, les références. On ne vous pardonne rien. Sauf aux politiques, qui nous ressassent toujours les mêmes billevesées. Je n’ai qu’une envie, là, en cet été, c’est marcher, m’aérer, battre la campagne pendant des heures ! Je ne m’en suis pas privée.

Comment je me suis mise à détester l’indépendance

Ca fait treize ans que je slalome en hors piste. Je me suis lancée dans l’aventure sans calcul fin 2000, quand le filet du statut auto-entrepreneur n’existait pas encore. C’est mon côté imaginatif et naïf. Je ne suis pas une aventurière, mais une grande rêveuse. Je connais mes défauts, une qualité qui est un atout vis à vis d’un client et aussi d’un recruteur… Quand ça marche, l’indépendance, l’entrepreneuriat, c’est très bien, on vole, on est heureux, on maîtrise sa vie, son destin même. Quand ça coince, ça plombe tout, surtout la vie personnelle, parce que tout est imbriqué… Depuis 2008, être entrepreneur, c’est une sacrée paire de manches ! C’est à cette période que ça a commencé à être prise de tête. En communication, les petits budgets ont été supprimés, les plus gros disséqués, les honoraires négociés sans relâche à la baisse pour tout. Le low-cost a débarqué dans la communication, pour le plus grand malheur de la profession ! On a vu se multiplier, avec l’expansion du tout Web, une communication à deux balles, vendue par des agences ou consultants peu scrupuleux… Ca ne me réjouissait pas parce que j’aime mon métier. Le marchandage de tapis a commencé. Je déteste. Et quand on a des vraies références, on a envie de renverser les tables de se voir damner le pion par des débutants pour une poignée d’euros.

Changement de région et coup fatal…

Avant de migrer en Touraine, j’ai étudié de près le marché de la communication en Indre et Loire et pioché le maximum d’informations sur les réseaux sociaux… J’ai fait la connaissance de quelques tourangeaux d’adoption, entendez par là ceux qui atterrissent en Touraine par les hasards de la vie… Ce sont eux qui m’ont briefée. Il y aurait un micro climat ici. Y trouver du travail, comme indépendant ou freelance, y faire sa place, quand on vient d’ailleurs, et qu’on est comme l’enfant qui vient de naître, c’est coton. On m’avait expliqué : « Tu vas avoir droit à un bizutage », « Faudra montrer patte blanche », « Evite le parler franc, mets là en veilleuse ». Heu… en mode veilleuse ? Aaaah… A ce point là ?

Le grand bazar de l’approche réseau

C’était la première fois que je connaissais une aventure professionnelle aussi désolante, depuis 20 ans que je suis sur le marché du travail. A commencer par les contacts professionnels inutiles voire désespérants. Des prospects qui m’accueillaient l’air contrit :  » Nous n’avons pas de budget, nous ne prenons aucune décision stratégique ici en Indre et Loire, tout se passe à Paris, Orléans, Nantes… » Premier rideau. Par la suite, des rencontres Networking locales où chacun vient avec sa carte de visite imprimée via Internet, arborant de jolis logos façon « nénuphars » ou « fleurs bleues », pour vendre une expertise professionnelle cautionnée par des organismes agréés… Des attrape-nigauds, avec des concepts idiots, où l’on vous propose de gagner la mise du loto en échangeant des adresses sur Internet ou un quelconque réseau social inconnu au bataillon, bref, en pianotant sur l’ordi bien au chaud. Deuxième rideau.

Des déplacements dans le 72, 86, et au fin fond du 37, coûteux et stériles ; des participations à des groupes privés Facebook où chacun s’étripe dès qu’on parle business – parce qu’il arrive que le mot « business » soit un gros mot en Touraine –  ; de célèbres inconnus qui imaginent que la presse nationale va se ruer sur leur production livresque avec un communiqué, des agences de publicité qui n’ont pas dans leur équipe la compétence que je représente, et qui me jugent comme une future rivale qui va leur piquer leur clientèle ; des clients parisiens qui me paient au tarif du SMIC sous prétexte que j’habite en Touraine (je vais les emmener faire un tour de shopping rue Nationale…), des entrepreneurs individuels qui mettent la clef sous la porte en me laissant une facture impayée, après tout, je ne suis qu’un freelance… J’en oublie…

Bref, je ne comprends rien aux codes de « comment gagner sa vie pour payer ses factures »… C’est le bazar intégral !

Et pourtant, c’était l’apéritif. Je ne le savais pas encore, et il valait mieux. Je pensais être au plat principal de l’indigestion et voir arriver une lueur de guérison dans cette nébuleuse en prenant la décision de… chercher un job salarié ! Le sésame en fait. Si l’indépendant est ignoré, pas le salarié tout de même ? Je m’entête : « tu seras  responsable de communication dans une entreprise, ma fille ». Un sage m’aurait rétorqué : « peine perdue ». Mais il faut faire son expérience par soi-même…


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