Indépendance, un monde sans pitié ! (II)

sortir.la.tete.de.leau.2En juin 2012, je décide d’oublier mes déboires professionnels, et de repartir à zéro.

Aucun des codes que j’ai pratiqués pendant dix ans en freelance, là haut, à Lille, ne fonctionne dans ma nouvelle région d’adoption. C’est profondément déstabilisant. J’ai connu des traversées du désert – c’est le lot  des freelance – liées au rythme irrégulier de l’activité. En général, elles tombent toujours mal, ces traversées. Elles débarquent et s’incrustent dans votre vie sans vous demander la permission. On s’écrie qu’on ne nous y prendra plus, et puis la machine repart, on ne sait pas comment, ni pourquoi, mais ça repart. Très sincèrement, mes déserts ont été courts,  trois semaines tout au plus, et en général pas plus de deux fois par an. Ce qui m’a permis surtout de recharger les batteries ! Pourtant, en ce mois de juin 2012, tout est grippé, c’est la crise, vraiment. J’ai dix ans d’indépendance au compteur, je vois bien ce qui se passe. Pour un travailleur solo, la crise peut signifier la mort pure et simple de son activité, sans indemnité. Une mort dans l’indifférence générale. Les indépendants sont hors statistique de Pôle Emploi.  Ils ne se plaignent jamais. Y’a pas de case à cocher dans les formulaires administratifs.  Bienvenue dans l’envers du décor de l’entrepreneuriat individuel.

Salariat : je découvre un monde sans pitié

Ah ! « Emploioutai ? Emploioutai ? ». Me voilà lancée dans la recherche d’un emploi salarié dans la communication. Pourquoi ce choix ? Et bien, après tout, parce que c’est ce que je sais le mieux faire et qu’il faut bien « assurer ses arrières », comme on dit ! Je me mets à la place d’un employeur : il attend d’un collaborateur qu’il connaisse son métier et soit efficace ou sache trouver des solutions. Enfin… j’imagine penser bien… mais je vais encore me jeter dans des ornières, en me confrontant à la dure réalité des mentalités qui sévissent en matière de recrutement sur le marché de l’emploi.

1. D’abord, on ne vous lit pas ; les recruteurs sont débordés. 2. Ensuite, on ne vous lit pas ; les recruteurs vont directement à la case « diplôme » pour estimer votre âge si vous ne l’avez pas mentionné en haut du pavé adresse, et vous écarter du processus de recrutement au delà de la limite des 35 ans pour la communication – bienvenue dans un monde discriminant -. 3. Enfin, on ne vous lit pas ; les recruteurs ont plein d’autres activités plus intéressantes que celles qui consistent à faire leur métier de base : lire avec attention une lettre de motivation d’un candidat qui répond « pile poil » au profil, lettre que vous avez mis plusieurs heures à pondre, en soupesant chaque mot, entre nous soit dit.

Vous pensez que j’exagère ? Même pas. Pour s’en convaincre, nourrissez-vous de la saine lecture de l’ouvrage de Thomas Vilcot, DRH du Groupe Casino « le recrutement responsable » ou de ses témoignages plein de bon sens sur la relation humaine en matière de recrutement. Il faut donc affronter la dématérialisation du recrutement, garder profil bas, encaisser les emails négatifs, les silences assourdissants, les questionnements de débutant débités par le jeune recruteur qui pourrait être votre petit frère, répondre gentiment aux questions « pourquoi choisissez-vous de postuler chez nous ? », se soumettre aux tests de contrôle de connaissance, rester poli, et zen… Là encore, j’avais envie de distribuer des baffes. Heureusement que ma mère m’a donné une bonne éducation et que la communication est un des métiers où l’on pratique à longueur de journée la… diplomatie (comme le droit d’ailleurs) ! L’expérience humaine est catastrophique. Vite, vite, où sont mes petits clients ?

Dans le salariat, point de salut hors de la limite d’âge

Jusqu’à ce que je me décide à réintégrer le salariat, je n’avais jamais pensé à mon âge, et aucun client n’avait jamais fait de sous-entendu malheureux à ce propos. Proprement, mes clients s’en moquaient éperdument. Ils cherchaient l’efficacité, qu’on ait 25, 35, 45 ans, peu importe. Je vais même vous dire, comme consultant, on vous prend souvent davantage au sérieux après 50 ans… Brusquement, là, à la fin de l’année 2012, je me prends mon âge de plein fouet en lisant les offres d’emploi, toutes, mêmes celles qui ne me concernent pas. Forcément, un communicant, c’est curieux. Je creuse. Alors je fais une analyse de texte grandeur nature. Je dépiaute les annonces, et je constate que le profil idéal dans mon métier, c’est celui ou celle qui a un Bac+5, école de commerce ou master en communication, 5 ans d’expérience professionnelle au moins (mais qui veut dire maximum), aux alentours de 32 – 35 ans. Bref, l’âge où vous êtes encore malléable, corvéable, et vous commencez à maîtriser votre métier si vous êtes sur la bonne voie. Le secteur où vous avez travaillé, aussi, est important : est régulièrement exigée une expérience dans le domaine d’activité de l’entreprise recruteuse, qui a besoin de se rassurer. Vous avez dit ouverture d’esprit, réflexion, créativité et adaptation ? Où çà ? Rideau.

Alea jacta est !

Tout ceci a duré environ neuf mois. Ce qui m’a amené au fameux mois d’août 2013. J’ai supprimé mon CV de toutes les Cévéthèques boulimiques en temps et désertiques en offres à la rentrée de septembre. J’ai eu la présence d’esprit, au pied levé, de contacter quelques gros organismes de formation avant l’été, parce qu’un freelance a plusieurs cordes à son arc, est parfaitement adaptable puisque c’est la condition de sa survie. J’ai appris par les entreprises qui m’ont contactée que ma motivation ne faisait aucun doute, que mon profil  était clair comme de l’eau de roche, qu’on appréciait mes références multiples, et qu’on avait besoin de moi. Je n’en demandais pas plus. Je commence à exister. C’est pas trop tôt. Alea jacta est !

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