Une quadra DRH au chômage qui ne manie pas la langue de bois

Soisic Navalo : Le journal d'une DRH au chômage.
Soisic Navalo :  journal d’une QUADRA DRH au chômage.

Soisic Navalo donne le ton de son récit dès les premières lignes et campe une situation qu’elle juge presque ubuesque, pour elle : devenir chômeuse. « J’ai 46 ans, je suis ce qu’on appelle une Exécutive Woman. Je travaille depuis vingt ans en moyenne 15 heures par jour. (…) Et c’est là que se produit un événement dont je me disais toujours que ça finirait bien par arriver, sans pour autant y croire pour de vrai (…) : je deviens en un instant une « Excecutive Woman au chômage« .

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Le quai de Ouistreham de Florence Aubenas

J’ai plongé dans la lecture du dernier ouvrage de Florence Aubenas, « le quai de Ouistreham », qui d’ailleurs connait un très gros succès depuis sa sortie.

J’ai accroché tout de suite avec le récit. Pourquoi ? Certainement parce que Florence Aubenas écrit les événements sans fard, à l’image d’ailleurs de ce qu’elle a vécu au cours de ces 6 mois. Une immersion complète dans l’épreuve que constitue la recherche d’emploi d’une femme de 48 ans, sans qualification et sans expérience professionnelle, à Caen. Caen, capitale régionale du Calvados, plus de 110 000 habitants. Et oui ! Mais voilà, Caen est devenue une ville sinistrée depuis que l’industrie s’est effondrée et a licencié en masse. Il n’y a plus d’espérance à Caen… sauf pour le secteur du nettoyage.

Florence Aubenas décrit le monde impitoyable du chômage, celui de pôle emploi qui ne propose rien et désespère toutes les bonnes volontés, et pourtant om nubilé par les nouvelles directives d’en haut, axées sur la culture du résultat…  La journaliste ne ménage pas le lecteur, elle ne s’étend pas sur ses sentiments, à l’image de ses compagnons de route, elle tente de vivre, ou plutôt de survivre, avec quelques heures de ménage par semaine, payées en dessous du taux horaire du smic, très tôt le matin, très tard le soir, et le week end. Des horaires effroyables pour tout salarié dans la norme !

Elle découvre un monde où la solidarité n’est pas un vain mot : on lui prête un véhicule qu’elle baptise « Tracteur » pour parcourir des dizaines de kilomètres qui la séparent d’un point à l’autre d’un lieu de travail où elle effectue les heures de ménage, on lui file un coup de main pour changer un pneu crevé. Elle décrit aussi le machisme qui règne dans le métier du nettoyage : ce sont toujours les femmes qui nettoient les sanitaires ! Et une « punition » ou « rétrogradation » pour les hommes qui ne font pas bien leur job de « femme de ménage » de devoir se coltiner les sanitaires !

Tout ceci est plein de désespérance en fait, quand on y pense objectivement, mais pourtant, j’ai avalé le livre avec intérêt car il est un instant de la société d’aujourd’hui, une photographie d’une certaine classe sociale qu’on ne voit pas beaucoup, qui ne crie pas beaucoup (surtout dans la rue), et qui pense même que la crise est une invention. Pourquoi pas, après tout ?

Ce journalisme d’immersion a été critiqué par certains, plébiscité par d’autres, mais quoiqu’on en pense, ce récit ne laissera personne indemne.

A offrir en cadeau de lecture à nos politiques.